“Un Acte de Foi”

« L’amour ce n’est pas se donner mais c’est ménager l’espace pour qu’autrui puisse se recevoir de Dieu ». Fabrice Hadjadj

Si la rue comme lieu d’exposition est le fondement du street art alors qu’en est-il lorsque la rue est propulsée dans les institutions ? Telle est la question fondamentale posée par Ariles dans le cadre de la performance sauvage réalisée lors de la Fiac 2014. L’artise a fait « trembler » les murs du Grand Palais en déplaçant la rue dans les couloirs artificiels érigés pour la foire.

En remplaçant le centre de Paris par sa périphérie il pose un acte symbolique; une réponse musclée et politique au fantasme du « Grand Remplacement » démographique comme il a été défini en 2010 par l’écrivain Renaud Camus.

« On a mis près de deux heures pour pouvoir entrer car la sécurité nous refusait l’accès malgré nos billets » confie t’ils dans le journal Le Soir. Les modèles des peintures d’Arilès se sont improvisés performeurs le temps d’une marche orchestrée par l’artiste suscitant la rencontre entre deux univers dans laquelle les codes de l’art de rue et de l’art institutionnalisé s’entrechoquent. « Le street art est devenu une tendance, une ornementation, au lieu d’une revendication performative et vandale. On en est imprégnés mais pas plus que tous les autres artistes qui choisissent de dépeindre leurs contemporains, de s’ancrer dans une forme de réalisme poétique », affirme t’il, repositionnant la question du streetart d’aujourd’hui.

« On a mis près de deux heures pour pouvoir entrer car la sécurité nous refusait l’accès malgré nos billets » confie t’ils dans le journal Le Soir. Les modèles des peintures d’Arilès se sont improvisés performeurs le temps d’une marche orchestrée par l’artiste suscitant la rencontre entre deux univers dans laquelle les codes de l’art de rue et de l’art institutionnalisé s’entrechoquent.

« Le street art est devenu une tendance, källa une ornementation, au lieu d’une revendication performative et vandale. On en est imprégnés mais pas plus que tous les autres artistes qui choisissent de dépeindre leurs contemporains, de s’ancrer dans une forme de réalisme poétique », affirme t’il, repositionnant la question du streetart d’aujourd’hui.

On ne peut s’empêcher de revenir sur le tag lors de l’exposition Jeff Koons au Whitney Museum of American Art de New York, un artiste s’était servi d’une bombe de peinture aérosol noire pour taguer un mur blanc de l’espace d’exposition.

Ou de faire un lien avec le « bisou » (peut-on dire le toy ?) par jeune femme sur une toile monochrome blanche du peintre américain CY Twombly y laissant une trace de rouge à lèvre.

Arilès artiste de rue inscrit son rapport au streetart dans cette conception « d’acte poétique » donné par le philosophe Fabrice Hadjaj : « Le faire place de la poésie nous rappelle, dans l’ordre des choses les plus essentielles, la primauté des moyens pauvres. Si vous voulez conquérir matériellement une ville ; vous devez employer des chars d’assaut et des avions de combat. Le poète, lui, n’a besoin que d’un bout de papier, d’un crayon et il va faire place à la ville, il va accueillir la forme d’une ville. C’est le point de départ de toute vraie politique. Parce que la politique ne consiste pas à considérer le réel comme une matière que l’on va transformer à notre guise, c’est ce qu’a cru le totalitarisme et toutes les grandes utopies politiques. Le politique c’est d’abord accueillir les personnes dans leur multiplicité, dans leur caractère irréductible avec leur histoire et donc accueillir les choses, accueillir les visages.

Accueillir l’histoire c’est précisément le faire du poète, celui en tout cas qui nous aide dans cette hospitalité. En ces jours où la politique a d’une certaine façon disparue au profit de la gestion technocratique, en ces jours où est besoin d’une refondation il faut peut être avoir recours à la poésie. »

C’est en poète, faisant « acte de foi » qu’Arilès nous ouvre le champ à de multiples questions, celles qui font place à l’amour, à cet émerveillement qui nous détourne de nous même, qui appelle à plus grand que soi. Comme nous le rappelle Fabrice Hadjadj : « L’homme habite en poète, le faire poétique est un faire très particulier, un faire place ».

Dans ses peintures figuratives, Ariles « fait place » à un lieu où la fragilité humaine est exprimée au sein de la violence. Elle est perçue dans des détails presque indicibles ; des paillettes argentées déposées sur les visages plissés et en colère des jeunes hommes. Ces indices révèlent la pudeur des hommes virils et vulnérables qui se blessent car ils ne savent pas pleurer. Arilès confie : « Les hommes de banlieues ne savent pas dire je t’aime »

Ces hommes se battent entre eux mais nous font face. Comment prendre place devant l’ambivalence des poses que le peintre nous demande ainsi de reconsidérer ?

Face à la double lecture possible, une question s’impose à nous : Qu’est- ce qu’un geste d’amour ?

En considérant qu’ Arilès travaille en poète, nous pouvons dire qu’un geste d’amour est un don d’ouverture, un faire place. L’ambiguïté des signes articulés dans les peintures d’Arilès empêchent toute contemplation passive, le spectateur est ainsi poussé à prendre place, à « accueillir les visages » d’une lutte, d’un corps à corps chorégraphié entre la tendresse et l’agression à travers un jeu érotique latent dans lequel les hommes se frôlent et se défient.

Les titres tirés de la Bible semblent contraster avec l’objet abordés dans ses peintures. Ils sont donnés comme seules clefs de lecture, des symboles qui permettent la mise en mouvement de nos diverses grilles de lecture identitaire. Le personnage commun invoqué dans les titres « Noces de Cana » et « Flagellazione » est une femme.

Rappelons ici l’étymologie de ce mot : du latin invocare : « appeler au secours ». La femme, qui au premier coup d’œil pourrait semblée absente au sein de ce « Grand Remplacement », est invité à y prendre place. La Vierge Marie est présente dans chacun de ces épisodes bibliques : elle fait part à son fils du manque de vin dans l’épisode des Noces de Cana. Elle assiste à la Flagellation de son fils lors de sa Passion, 5000 coups de fouets marqués dans la chair de sa chair.

Arilès nous entraîne dans un univers radicalement masculin où la figure maternelle est dévoilée par les titres écrits au crayon sur les dos des toiles, présente par son absence. Prise dans une dualité qui nous inclue et nous exclue, nous sommes déchirées en tant que femme car nous sommes, de ce fait, renvoyées à notre condition d’enfantement. Nous sommes mères de la violence de nos enfants à l’image de la Vierge Marie, nous assistons à la souffrance de nos fils.

Peinte ou dessinée, la foi des de l’artistes nous invite aux questions essentielles, celles qui concernent notre relation intime au divin, à la sphère du sacré. Le travail d’Arilès met le spectateur en prise avec un mouvement qui lie le relationnel au religieux. Dans un élan de réappropriation, les figures sont remodelées et repositionnées.

L’identité brisée et perdue des personnages d’Ariles, des modèles exilés sur fond blanc comme déracinés, est à chercher dans les origines de l’humanité. Une mise à nue de laquelle il ne reste que l’humain habité par la souffrance qu’il porte.

« Le Grand Remplacement » est une proposition de retour aux racines. Une recherche de repositionnement de la foi comme un faire place, une création, un accueil à la vie. « Le Grand Remplacement » est un lieu de réappropriation radical c’est-à-dire étymologiquement : une réappropriation de nos racines.

Que nos racines se trouvent dans les Ecritures Saintes ou sur les murs des cités, les questions abordées par Arilès n’ont pas de périmètres : un faire place à l’Infini.

Deborah de Robertis & Laurette Massant

STABAT MATER

Jacopone da Todi
Elle se tint là, la mère endolorie Toute en larmes, auprès de la croix , Alors que son Fils y était suspendu. Son âme gémissante, Désespérée et souffrante, Fut transpercée d'un glaive. O qu'elle fut triste et affligée La très sainte Mère du Fils unique. Qu'elle souffrit et fut endeuillée, La pieuse Mère quand elle assista à L'exécution de son illustre Fils. Quel homme sans verser de pleurs Verrait la Mère du Christ Endurer si grand supplice ? Qui pourrait dans l'indifférence Contempler en cette souffrance La Mère auprès de son Fils ? Pour toutes les fautes humaines, Elle vit Jésus dans la peine Et sous les fouets meurtri. Elle vit l'Enfant bien-aimé Mourant seul, abandonné, Et soudain rendre l'esprit. Ô Mère, source de tendresse, Fais-moi sentir grande tristesse Pour que je pleure avec toi. Fais que mon âme soit de feu Dans l'amour du Seigneur mon Dieu : Que je Lui plaise avec toi. Mère sainte, daigne imprimer Les plaies de Jésus crucifié En mon cœur très fortement. Pour moi, ton Fils voulut mourir, Aussi donne-moi de souffrir Une part de Ses tourments. Donne-moi de pleurer en toute vérité, Comme toi près du Crucifié, Tant que je vivrai ! Je désire auprès de la croix Me tenir, debout avec toi, Dans ta plainte et ta souffrance. Vierge des vierges, resplendissante, Ne sois pas envers moi trop dure, Fais que je pleure avec toi. Du Christ fais-moi porter la mort, Revivre le douloureux sort Et les plaies, au fond de moi. Fais que Ses propres plaies me blessent, Que la croix me donne l'ivresse Du Sang versé par ton Fils. Je crains les flammes éternelles; Ô Vierge, assure ma tutelle À l'heure de la justice. Ô Christ, à l'heure de partir, Puisse ta Mère me conduire À la palme des vainqueurs. À l'heure où mon corps va mourir, À mon âme, fais obtenir La gloire du paradis. Amen !

MATER: Reines de France.

Expositions à la Basilique des reines et rois de France et à la halle du Marché de Saint-Denis.

Il y a toujours quelque chose du sacrifice dans l’exil, peut-être même quelque chose de l’ordre du sacré. Tant de récits de peuples frères et sœurs en humanité, tant de mythes fondateurs, de destinées tragiques ou grandioses, trouvent en leur cœur l’exode. Grandes ou petites histoires de femmes et d’hommes, animés d’un élan vital, puisant en la foi, la peur, l’espoir, les désirs, de quoi nourrir leur quête d’ailleurs. Les migrations relient les destinées humaines. 

Pour rendre hommage aux mères de l’exil, Arilès se réapproprie le thème universel de la Mater Dolorosa. Cette dramaturgie de la figure maternelle devient le contrepoint idéal pour célébrer ces femmes qui, issues pour la plupart de milieux populaires, affrontant les affres de l’immigration, contre vents et marées, littéralement parfois, ont tenu et se tiennent debout. L’artiste s’éloigne de la représentation de la pleureuse et propose une interprétation réaliste et féministe qui rompt avec la tradition : face à l’exil, la mère résistante, grave, silencieuse. Reines de France est donc une ode aux Mater [non] dolorosa. « J’ai voulu représenter ces femmes comme je les ai connues ; ces mères qui étaient debout – Stabat Mater – ne pleuraient pas. Elles sont sans cris ni lamentations. » Madones ou reines ? L’idée d’un monde fait de porosité traverse l’art d’Arilès. S’y mêlent les traces du profane et du sacré, de l’ici et de l’ailleurs. Tout comme les identités de ces femmes s’unissent dans le creuset national ; en exposant dans la Basilique des reines et rois de France, ces reines et madones se confondent inéluctablement. L’identité est mouvement, elle naît aux confluences. L’artiste déroule le récit de mythologies, de mystiques et de mémoires plurielles. La Basilique de Saint-Denis ce fait signe et témoin d’une histoire partagée, d’une communauté de destin. En écho à la Basilique, la halle du marché de Saint-Denis incarne ce cœur laïc accueillant les portraits, théâtre de communions séculières. En dedans et en dehors, au-delà des appartenances érigées en statues, l’accent est ici porté sur ce qui nous rassemble. Dans les œuvres présentées, de femmes misent en scène dans leur sobriété naturelle ou avec éclat, on décèle une culture visuelle et des références empruntées à Titien ou au Caravage rencontrant une esthétique brute et urbaine. Ainsi, Arilès sublime celles que l’Histoire omet de mentionner. Celles qui parfois se font complices de cet oubli, en taisant ce qui les fondent. Or, lorsque les mères sont rendues muettes ou choisissent le silence, le risque subsiste de produire des générations fragilisées, car sans ancrage. Qu’ont-t-elles à transmettre de leurs terres lointaines et de celle qui les a accueillies ? Qu’ont-t-elles à partager de leurs trajectoires ? Réduire la mémoire au silence assèche-t-il la douleur ? Ce sont peut-être des questions que l’artiste nous invite à poser à ces femmes dignes, toujours puissantes, mélancoliques ou autrement lumineuses. Reines de France est le premier chapitre du projet MATER…

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